Les mains dans le sable

24 juin 2008

Après le sable, la mer

Et le corps se remplit, se remplit, se remplit... Comme si je mettais la main dans le fantôme, la peau transparente traversée, des petites vagues, comme si je venais m'entourer de ma main et doucement m'attraper et me faire venir à moi. A lui.

Je respire

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07 avril 2008

Ce qui lutte

fragile

Des semaines entières, je continue à lutter contre mon corps, avec un acharnement secret et régulier. Secret parce que leur écho s'efface hors les murs, invisible aux autres et à moi même dès que je le peux. Les traces microscopiques qui s’additionnent en moi, sur moi, et ces sensations comme autant de terminaisons nerveuses qui croissent ma peur, qui la rendent mouvante, changeante, irrégulière – et cette distance que je prend dans ce lieu fragile autour de mon vagin, ce lieu symbolique, le plus intime autant que celui que je peux (veux) le moins voir et le moins soigner. Le temps s’étire sur ce qui ne devrait durer que quelques temps, comme une inquiétude interminable et dont je ne sais jamais la vraie présence, une espèce d’ombre flottante et têtue.

Je ressens parfois une agression de tout ce que mon corps sent, me sent, me tend, me prend. La protection de mon homme m'enveloppe chaque fois un peu plus, le poid grave et désolant de nos corps qui se manquent sont moins violents, tout autour de nous appelle à l'harmonie étonnante qui nous devance. Sans savoir si j’ai peur du vol, du viol, ou de leurs contraires – plaisir, désir, jouissance, phantasme – il y a quelque chose de profond comme une intransigeante résistance, le relais inlassable entre l'attente et la peur, entre la confiance et ma surdité volontaire, la résistance qui se nourrit de mes colères lointaines, dans ces moments je déteste mon corps et le sien qui s’offre et me prends et que dans ces instants je désespère de vivre un jour. Les petites blessures dont je ne parviens pas à m’éloigner me donnent à haïr de ce corps qui est le mien – et j'ai le sentiment d'arriver chaque jour devant la meme impasse, et je suis debout folle et courageuse, seule et protégée.

Cette violence intérieure (qui n'a fait que devenir plus calme et contemplatrice) me rapelle d'autres mots de mon adolescence, lorsqu'il avait comparé mes envies de violences à des pulsions sexuelles retenues. Je me sens de plus en plus forte, consciente que tout est à l'intérieur, et doucement la pensée me hante de ne pas savoir comment (re)trouver le lien à mon corps. C'est comme une corde que mon poing enserre sans lâcher. Il y a comme une agoisse et une confiance à la fois à me sentir si responsable. Je crois que j'ai enfin laissé partir la petite fille.

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15 décembre 2007

Fendue

En fait la thérapie fait se lever des images - pour qu'elles s'évanouissent ensuite comme la buée qui s'est posée sans prévenir et dissoute dans la peau

Je suis double, celle qui entoure les symboles, qui parle en signes, que le mental vient effrayer ou grandir - et la terrienne, celle qui respire, celle qui souffle, celle qui mange et dort. La profonde et la légère.

Avec lui je suis une terrienne qui flotte autour du noyau. Mais ce noyau qui est au coeur de tout ce que je suis, un jour je crèverai d'envie de le vivre. En attendant, nous flottons comme deux enfants qui ne demandent qu'à être sereins.

Je suis une force en sommeil.

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14 décembre 2007

Fragments et formes

8/12

Deuxième trauma intérieur du weekend - à peine une esquisse, dedans un tremblement de terre. Pour la première fois les larmes ont dressé un mur entre lui et moi. J'ai senti comme une attaque violente, comme des coups à l'âme et au corps, une fissure profonde. Je n'ai pas peur de lui, je n'ai pas mal de lui, j'ai mal à l'intérieur. J'ai peur. Je suis une boule de colère devant mon incompréhension.

alfred_kubin

11/12

Tenir la honte et le secret. Plus j'avance, plus les mots sont lourds à nommer, les symboles laissent une trace immense. Enfant, j'ai voulu, désiré, etre garçon. Peut être pour plaire à ma mère au milieu de ma géméllité, peut etre parce qu'elle a pleuré quand elle a su qu'elle avait deux filles (et non pas un enfant de chaque sexe). Peut etre pour etre une face à ma soeur, etre autre. L'adolescence est venue, le sexe n'a pas poussé, rien de masculin n'est apparu. Juste mon incertitude d'être, de me définir face aux autres, juste ma transparence et mon corps qui devenait celui d'une jeune fille alors qu'on m'appelait encore, souvent, jeune homme, à cause d'une sorte d'androgynie jamais assumée. J'ai donc décidé, sans m'en rendre compte, que je n'aurai pas de sexe, ni homme, ni femme. Les garçons qui m'attiraient étaient mes doubles, des hommes qui n'étaient pas sûrs de leur sexualité, ou pas prêts, ou en recherche de confiance. Ces doubles qui étaient peut être aussi une forme de mon père, homme que j'ai toujours vu comme assexué, comme absent (absent à la maison, absent dans sa virilité, dans sa sensualité, dans son couple, dans sa parole).

Puis depuis quelques mois, il y a ce garçon en face de moi. Ce garçon que j'aurais pu quitter, comme les autres, et qui est resté inlassablement à côté, apprivoiser sans retenir, dire je t'aime sans demander, et moi, reconnaissante dans mes vides, dépendante volontaire, inquiétudes de nos petites morts, portes qui s'ouvrent. Un lac face à un ouragan. Une montagne, même.
Une porte est prête à s'ouvrir sur mon corps de femme (et moi je me sens dépassée, acculée, piégée). Depuis plusieurs semaines j'ai l'impression étrange de me trahir, une persistance. J'avais peur de trahir un autre objet possible de mon (mes) amour(s) (les femmes). Et je comprends que je pensais trahir mon propre corps, mon cops hybride, mon corps qui ne veut pas être femme, mon corps que j'ai interdit de s'aimer et de se voir. Elle me parle de l'effet miroir, elle me parle du renoncement, d'accepter le renoncement à ce corps intérieur qui n'est pas le mien. Et je suis devant l'image immense et fantasmée de mon enfance et je m'y cogne, j'ai presque honte de cette complexité, j'ai comme une envie de détourner les yeux. J'entend ces mots, je ne me sens pas prête à les prendre mais d'autres mots vécus s'y accrochent et me bousculent le corps en prenant leur sens

infirme - garçon manqué - ne pas me sentir entière - impuissance - interruption

12/12

Samedi matin. le corps à corps était tendre et embrumé. Puis un coup au coeur, encore. Et une envie irrépréssible de vomir, me faire violence, me retenir, avoir terriblement honte qu'il le ressente, l'obscurité me protège, j'aimerais disparaître, je m'excuse, il ne saisit pas, il me parle, je ne pense plus qu'à une chose, contrôler ces hauts-le-coeur, qu'il sorte de la chambre, que je puisse me calmer. Il est en retard, il part dans la salle de bain. Et moi j'aimerais pleurer mais je ne peux pas, je dois me lever, rester debout, les mains sur mon ventre, la respiration saccadée, je suis sous le choc, et dans ma tête je me désespère, je me dit que c'est grave, je me dis que je n'y arriverai jamais, j'ai la douleur pessimiste.
Et cette nuit, je repense à ce moment, et je songe à la dernière (et première) fois que j'ai vécu ce dégoût violent, il y a 6 ans. Et je réalise, soudain, ce que je n'avais pas replacé dans sa chronologie. Que cette première fois humiliante et choquante, cette phobie soudaine, je me souviens de ce qui en a suivi (directement ou indirectement); une dépression, pendant trois mois, une rutpure avec lui, une distance viscérale et incontrolable avec les garçons de mon entourage à la fin de ces trois mois, le long cheminement pour revenir vers eux (que je n'atteindrai plus vraiment jusqu'à mon retour sur Paris), puis ces deux femmes que j'ai aimé, éperduement, douloureusement, idéalement. Ce jour là, il y a six ans, s'enclenchait ma fuite profonde du corps, du mien, du leur, un isolement choisi, et des murs, beaucoup de murs.

(...)

kubin150    kubin

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13 novembre 2007

Les rivières

esher

Parfois je me demande

Dans quelle mesure c'est possible, les liens peuvent-ils etre si profonds entre les choses, l'homme peut il vraiment raccorder son intime à ce qu'il a rencontré ou dans quelle mesure ne suis-je pas juste d'une névrose compliquée, je pleure en pensant à mon père et en réalisant ce que nos années de séparation ont représenté, je réalise la césure, je pense à ce lien non pas distant, non pas vidé, mais vraiment interrompu et je réalise dans ce bus qui m'emmène et dans lequel j'essaie de suivre le fil de mes pensées un peu humides, je réalise que ce même mot interrompu je l'ai utilisé quelques jours auparavant en lui parlant mon homme et je me demande si je suis folle ou si on peut réellement être lié à tout ce qu'on a vécu, s'il y a vraiment un lien entre l'interruption de l'amour pour mon père et l'interruption de ma jouissance pour mon homme, cette peur incommensurable qui me fait repousser ce moment sans cesse, apeurée de jouir, apeurée de sentir jusqu'au bout ce que deux êtres humains sentent lorsqu'ils fusionnent, refuser mon corps dans son entier, est ce que c'est possible est ce que nous sommes si dépendants à toute cette intériorité, je me demande, souvent, comment je pourrais vivre si je n'avais pas ces clés là, vivons nous jusqu'à la fin avec des mots confus en bouche et des noeuds indolores à la longues mais coincés dans les côtes, dans le coeur, dans le sexe, dans la tête, est-ce qu'on dégueule un peu tous les jours est-ce que c'est comme ça que la majorité des gens vivent sans s'entendre, est-ce qu'ils ne trouveraient pas hallucinant ces liens entre ma petite et ma grande histoire est-ce qu'il verraient derrière l'extrapolation, ou est-ce qu'on nage dans cette eau épaisse jusqu'au jour où on trouve ces sens qui remplacent la douleur, est ce que j'ai trouvé du sens est-ce que ça remplacera la douleur? Je repense aux pensées profondes à l'introspection je me demande à quel point j'ai avancé en liant toutes ces choses entre elles mais j'ai comme un vertige à me sentir si proche de ce qui est tout au fond à l'intérieur et si précis et si abstrait et je me dis parfois c'est comme si ce que d'autres finissaient par ne plus voir ou dépasser moi je restais bloquée, ancrée, attachée, jusqu'à ce que je trouve le mot, le sens, l'interprétation qui me libère, qui me donne à respirer, à manger, à pleurer, je pleure beaucoup en ce moment, dans mes rêves, dans ma vie, je crois que c'est bien, je crois que ça sort par tous les pores. Enfant je me pensais si différente des autres, coincée dans autre chose, dans une autre vie, dans d'autres pensées que celles que les autres se posaient. C'est comme si j'étais restée coincée là bas et qu'il me fallait toutes les clés pour entrer dans ma vie d'adulte, que je devais prendre les chemins de traverse.

introspection

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06 novembre 2007

Déconstruction

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Je construis et déconstruis jusqu'à toi
Je me love comme une enfant
J'hésite et doute et me bouche les oreilles
Je calme les vagues
Je mange le temps
J'essaie de me sentir à ton toucher
Je chiale le ventre et la peur violente
Je sanglote un peu la honte, beaucoup l'interrogation
Le 'Pourquoi' le 'Qu'est ce qui m'arrive'

Je construis et déconstruit devant toi
En âme égarée
En témoin désarmé
Et tu me prends
Tu me sens
Tu oublies de t'inquiéter de ces jours qui s'étirent
Où tu dois m'apprivoiser à nouveau
Tu me dis que dans ces moments là
Je ne fais du mal qu'à moi même

Le soir où je me suis enfin laissée te vivre
Où j'ai pour la première fois imaginé que tu pouvais me quitter
Me mentir
Me tromper
Ce soir là je t'ai submergé
La louve est venue cogner sa tête
Et j'ai trouvé le plus beau des mensonges
Ma seule réponse à ton je t'aime
Ma seule promesse à ton tu es la première
Si tu me laissais demain je serais perdue

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26 octobre 2007

Lunesque

Cette nuit je suis perdue

Cette nuit je ne veux pas rester seule

Cette nuit il y aura trop de monde autour de moi

Je feindrai de danser, de fumer et de boire - j'aurai froid - je penserai que les gens que j'aime sont mon oxygène - j'écouterai mon coeur battre un peu trop bas - j'aurai envie de pleurer sans oser le dire - je croiserai les silhouettes avec des sourires et de l'allure - je fermerai les yeux sur mon verre - j'irai me coucher sans dire au revoir - j'aurai froid

by_night

3h07 -

La brise est passée - elle a calmé le froid - elle a accepté le rythme - avec elle je n'ai jamais à mentir - je finis toujours par revenir à mon rythme interne.

Merci ma Belle de Nuit

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10 octobre 2007

Le jour où les enfants sont morts

La première fois que tu avais abordé le viol, tu ne l'avais même pas nommé que mon instinct avait surgi, sûr, frappé par l'évidence. Tes mots d'alors, cette 'chose plus difficile' que tu avais vécu avec des hommes, je n'ai eu le courage d'y revenir que le lendemain, mais au fond de moi, j'avais compris. Cette pensée qui avait habité toute mon adolescence, cette ombre fantôme que je sentais en moi sans me l'expliquer, qui m'obsédait et faisait partie de moi chaque fois que mes pensées s'égaraient, tout cela d'un coup prenait sens. Tu l'avais porté et enfanté auprès de tes enfants, et je le traînais douloureusement comme un chien fidèle. Le lendemain j'ai frôlé doucement tes mots, j'avais besoin de savoir, et ce viol tu l'as nommé, rapidement, et me laissant entendre que ça ne t'avait pas tant marqué (ma pauvre mère, tant d'années et tant de douleurs que tu as choisi de te mentir, tant de membres fantômes de ta jeunesse que j'ai découvert avec le temps, et souvent malgré toi).
Quand l'autre jour tu t'es approché de nouveau de ce moment de ta vie, quand nous parlions des hommes, que je pensais tout haut mes peurs, mes avancées, mes luttes incessantes, nous discutions comme deux femmes (et non pas deux enfants - ce qui en général ne se produit que les heures suivant mon arrivée, quand tu ne m'as pas encore pris mon espace et mon souffle). Dans nos deux individualités de femmes l'une face à l'autre j'ai osé, cette fois, sincèrement, attentivement, te demander comment c'était arrivé. As tu remarqué que souvent, tu nommes les tonerres, mais sans jamais finir tes phrases? Que tu as transformé les fêlures (les tiennes, les miennes) en passage, en anecdotes? J'aurais voulu te connaître dans ta jeunesse, j'aurais voulu savoir quand tu as pris la fuite et perdu de vue que tu ne t'autoriserais plus de regard sur toi même. Tu m'as parlé de ce garçon avec qui tu sortais, et avec qui tu refusais de faire l'amour, tu m'as parlé avec une innocence qui m'a fendu le coeur car plongée au milieu d'autres anecdotes, joyeuses celles là, de tes amis d'alors, de tes 'bandes', tu m'as raconté comment ils t'avaient emmené, à trois, dans le bois de Meudon, et m'a répété que le viol de l'un d'eux ne t'avait pas tant choqué, que c'était surtout ce qu'ils t'avaient fait faire... Tu t'es arreté là, replongée dans ta vie d'alors, et des détails je n'en aurais pas demandé, bien sûr, et je t'encourageais à me parler du reste, et je t'amenais doucement à me parler de tes amoureux, du photographe, de celle avec qui tu faisais des listes de vos flirts, et d'autres choses drôles et tendres que je découvrais (je t'imaginais, j'essayais de t'imaginer jolie môme au caractère bien trempé, et ta fierté à aller hors de ton quartier pour fuir ta maison, et découvrir ces jeunes gens plus cultivés que ta famille qui t'ont aidé à devenir quelqu'un d'autre). Et au fond du ventre je voyais ce nouveau fil entre toi et moi, ce nouvel enfant que tu m'avais laissé, cette peur en héritage sur ce qu'ils t'ont fait faire. Si tu savais, ce que tu as légué. Une autre image me vient : sais tu que j'ai toujours dit qu'une des choses qui m'effrayait le plus, depuis gamine, c'était les forêts, la nuit? Que leur beauté le jour m'émerveillait, mais que la nuit me les rendait angoissantes. Il y a quelques temps déjà que j'ai cessé de croire aux coïncidences.
Et tu me méprises avec ta légèreté habituelle quand je te parles de mes luttes pour comprendre, pour vivre mieux, pour affronter mes peurs, et jamais, jamais, tu n'as cherché la filiation, toi que j'ai haïe et aimée. Et qui pour l'instant, me laisse incertaine.

Et d'année en année, je m'éloigne un peu plus de tes fatalités, et un jour il n'y aura plus aucun fil entre toi et moi (sauf peut être de l'apaisement et de la bienveillance). Ce jour là je ne serai plus infirme et je saurai séparer mes fantômes des tiens. En attendant ils s'endorment les uns à côté des autres.

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04 octobre 2007

A la femme escalier qui m'emmène toujours

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Je ne pouvais pas me résoudre à répondre sur ton blog, ni par mail,
Parce que mes pensées se morcellent encore et que tes mots sont rentrés à l'intérieur (en ce moment ils discutent avec les miens, le ton semble animé et chaleureux, j'aimerais les espionner un peu mais peu d'entres eux ont ouvert la porte - je crois qu'ils rient de me voir lorgner par la serrure)
Je ne serais fidèle à mes pensées qu'en les lâchant hors de moi pèle-mèle alors d'accord j'essaie d'écouter, dorénavant, mes fragiles nécéssités...

Notes ce soir entre deux métros
Dans ma vie, le désir - et plus encore le plaisir - m'ont toujours semblés honteux, interdits, douloureux - et toi devant moi depuis deux ans jeune femme intrigante au visage mouvant, pour qui le désir est le coeur, la colonne vertébrale, la parole, je me sculptais dans la peur et te voyais sculpter autre chose, tantôt avec grâce et violence, tantôt avec amour et vertige - Les dragons ont cogné aux portes, les fragilités se sont caché avec maladresse et amusement, les mots se sont un peu tourné autour. On avait le temps. On l'a pris à tatons, joliment...
Souvent nous avons mêlé la fébrilité discrète de se connaître à l'écoute de la découverte, avec maladresse et entêtement j'ai longtemps cherché toutes les ressemblances (je mourrais encore de la recherche de mon double) jusqu'à ce que les liens soient assez forts pour me faire aimer ce qui nous séparait (sans jamais, tout à fait, nous séparer) - et malgré tous ces liens il y a toujours eu ces moments où le temps ne me laisse pas respirer et être là, je veux dire j'y suis sans l'être - oui au travail, oui entre deux portes, oui quand je te dis bonjour, parfois au revoir, et des milliers de fois au téléphone (rires) - et je repense souvent à cette phrase que tu avais écrite un jour, j'essaie de me rappeler, tu parlais de l'urgence que les autres ne voient pas, celle qui traverse le quotidien, tu disais 'ouvrez cette porte, laissez moi passer sinon je meurs'
Toutes ces distances que tu trouves dures, je pourrais dire au temps et à la vie autour de moi 'laissez moi être moi même là tout de suite sinon je meurs' - et souvent, je meurs (mais pas longtemps, si peu de temps) - oui je suis consciente de ces moments, toujours, chaque fois - mais sans jamais savoir l'image que je renvoie, en fuyant la réaction comme je fuis mon absence - et ce jour là, j'ai fuis, je crois ton intimité, ne sachant pas vivre si librement la mienne, comme ce sentiment que j'ai toujours eu auprès des couples, comme si je n'y avais pas ma place (comme l'enfant dans l'intimité de ses parents) - je feins l'infifférence, mais derrière il y a sûrement l'inconscient de l'envie, de la gêne, ou de la colère envers moi même (...j'y réfléchis)

Pensée : te souviens tu du jour où je t'ai dit à quel point cela me troublait, et m'épatait, de voir à quel point toi et moi pouvions être proches alors que ta vie était pleine du corps - et la mienne sans?
Parfois je comprenais et ressentais tes mots - d'autres fois j'étais / je suis une enfant étrangère à elle même - non, une adulte, puisque les enfants ne mettent pas de monstre sur leur corps, seulement dans les armoires
Je suis une femme étrangère à elle même - j'utilisais le mot 'infirme', tu as utilisé le mot 'absente', et mes cordes intérieures tremblent
Quand vendredi je ne ressentais rien de lui, de son corps, de son toucher, j'ai été prise d'une terreur vertigineuse, et je m'interrogeais à nouveau comme je l'ai fait tant d'années (et ne voulais plus le faire) : peut-on vivre sans remplir le corps de sensualité, le corps se met-il à crever de l'intérieur, à se craqueler de sécheresse -j'attend toujours le moment où il appelle (et parfois, il appelle) mais un jour...? Et si ça ne venait jamais, de sentir?
C'est cette peur là que je vous cache, parfois - c'est la stratégie des gens qui ont apprivoisé le silence, c'est du mensonge par omission (taire ce qu'on ne sait pas encore en quelque sorte)

Notes au retour
L'hypersensible aux êtres qui ne ressent pas le plaisir, qui ne ressens pas son propre corps - qui, symboliquement, ne se l'autorise pas, ne l'ENTEND pas - sourire, ça me rapelle un scénario...

Celle qui s'est reconnue - et qui t'aime - t'embrasse

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21 septembre 2007

Moi sans toi

modigliani

Le jour a été long et étrange tantôt léger tantôt violent - cela faisait longtemps que je n'avais pas eu de mots à mettre (même esquissés) sur cette impression de me sentir mal

Hier j'étais sereine, hier je suis rentrée joyeusement saoule, douce et absorbante, j'avais envie de te voir, de t'avoir, aux questions est ce que je n'ai pas peur de ne pas t'aimer, est ce que je ne me réfugie pas dans le contentement, est ce que je ne perd pas (ou ne sousestime pas) ma confiance en une relation autre, je souriais intérieurement en marchant au milieu de ma rue et je pensais que non, et je pensais que oui cela me convenait, que oui c'est cela que je désire en ce moment
Même s'il y a les premiers tiraillements que m'infligent la distance, si tôt te laisser loin et longtemps loin de moi, bien sûr j'ai peur, mon corps a connu les amnésies, mon corps peut transformer le tendre en boule gênante et nauséeuse au fond de l'estomac - mais il y a eu ces brèves pensées, et même notre première connection de pensée - et oui je ne désire pas plus aujourd'hui

Pourtant il y a eu des mots cette semaine qui me préoccupent, qui prennent profondément sens, lorsqu'elle m'a parlé de ces deux faces d'une même pièce (l'attachement et la séparation) et que j'ai relié mon incapacité à réagir à certaines situations (que j'ai souvent comparé à l'impuissance masculine, taboue pour les hommes et pourtant aussi douloureuse pour les femmes dans leur propre possibilité d'impuissance - je découvre qu'il peut y avoir impuissance du désir, et pas forcément rejet) - et nous faisions de nouveau écho à la petite fille face au père, au fantôme de la relation platonique et dénué d'un corps de femme (et j'ai envie de me hurler mais prend le, ce corps de femme, prend le putain il est à toi combien de temps encore vas tu le nier) puis elle a utilisé le mot 'infirme' et le mot est venu se cogner à moi, je l'ai senti me chercher et se glisser sous ma peau et j'ai senti qu'il allait revenir, qu'il avait fait sens.
Oui je me sens infirme, je n'avais jamais trouvé l'image, j'avais tenté d'approcher l'idée du manque, l'idée de ne pas être entière, ou adulte, ou femme

Mais je comprends enfin que je me suis toujours pensé dans une infirmité de mon corps, de mon être, de ce que je suis et ai cherché sans cesse à me définir - (et dans ce cas oui, peut être est-ce la raison pour laquelle je sens que ce que je vis et veux vivre à ce moment précis, je ne peux le vivre qu'avec toi, toi seul qui accepterais de me prendre 'anormale') Mais le plus étrange (et malhonnête ou lâche, peut être), c'est que je sens cette impression profonde, et que non seulement je ne peux pas, pour l'instant, la bannir, mais je crois qu'elle me soulage (car aucun mot n'avait exprimé si précisément ce vide)
Mais infirme de quoi?......

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18 septembre 2007

Heureusement tu entends

turner

L'attachement et la séparation
Sont mes deux fuites
Mes deux voleurs
Les rares à qui je mente encore
Tu n'as pas peur, moi si
Je n'aurai plus peur, toi peut être
Mon petit homme
Qui tait la douleur
Ta sincérité à quoi répondent mes silences
Mes peurs qui refondent mon désir
Et je porte fidèlement
Tous mes êtres fantômes
(Ceux qui souffrent et que j'aime, ceux qui me souffrent et m'aiment)

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16 septembre 2007

La première pierre

bonnard

Je ne mentirai pas, ou si peu, je prendrai un peu de temps mais sans réparer peut être, je sais que ce n'est pas si grave, je sais que je n'arrivais plus et que le temps est doux avec nous et que je peux lui faire confiance, mais je sais que tu as eu mal.
C'était trop de temps d'un coup, j'ai senti que l'on ressemblait à un couple mais qu'on ne se ressemblait pas, ou moins, ou moi, que je ne me retrouvais pas entière, j'ai mis ça sur le compte de la fatigue, j'ai accepté le contexte de ton départ comme instant concentré de ce que l'on avait pas encore vécu, mais c'était m'interdire du souffle et de la cohérence. J'étouffais et je continuais à t'accompagner partout et par toi et j'ai triché en me cachant derrière la fatigue. Je le sais, pourtant, que je dois m'écouter.

j'ai accepté malgré tout et j'ai eu tort, alors quand je n'ai plus pu, je t'ai laissé, en sachant que cela pouvait te blesser, en évitant de penser que c'était égoïste, en sousestimant que tu puisses le ressentir - et je t'ai laissé le seul moment où j'aurais vraiment dû être là, à ton départ. Cela faisait tant de temps que je n'avais pas été lâche, si tu savais comme je me bats contre la mauvaise conscience.

Et tu me dis que tu n'as pas osé me le demander, et tu me souffles que tu ne voulais pas partir seul, et moi j'ai évité de le voir parce que je cherchais mon souffle. Première pierre, première maladresse, ne m'en veut pas, il y'en aura d'autres, même quand j'essaie, je ne suis jamais sûre de rien, ou je le suis mais seule. Maintenant je vais reprendre le temps que ton départ nous impose, et espérer simplement qu'il me rende un peu la distance et le manque que l'on a chassé trop vite, comme si nous étions les autres (mais je ne veux pas être les autres)

Je le sens au bord de tes lèvres, mais je ne veux pas que tu le dises, c'est trop tôt, je veux que tu attendes et que tu ne concentres pas le temps trop vite entre tes mains - j'aurais peur que l'on ne se voit pas

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29 août 2007

Nos peaux qui murmurent

Tu me dis qu'on apprend à se connaître,
tu ne pouvais pas savoir, l'émotion, le pincement que ces mots éveillent ce soir encore
Non je ne savais pas, on ne m'avait jamais dit, montré, donné ce temps là - et je ne l'avais jamais pris
Et toi tu es là et je te découvre un peu plus et plus que je ne pensais
Je suis moins maligne que je croyais
Tu es doux, dieu que tu es doux
Et je ressemble à un petit animal qu'on apprivoise
Un petit chat sauvage, une petite louve
Qui n'aurait jamais pensé s'habituer à l'homme
Il y a une petite musique très bas là dans ma tête
Et je me dis c'est curieux ce garçon si tendre que la mort entoure... Il n'apprivoise pas que les loups

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22 août 2007

De la poitrine au coeur (de la louve)

louve

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De la nuque jusqu'à la poitrine

Chaque jour chaque heure les pensées deviennent plus complexes là où la douleur devient de plus en plus claire - et la douleur est de plus en plus forte - et le raisonnement déterre chaque fois un peu plus de sens

(...Je cherche la forme de ce que je ressens et je la sens qui se dessine à peine, encore un peu escarpée mais vers la montée je n'ai aucun doute (même si le doute persiste sur ce que je trouverai là haut, ou si j'y arriverai : ce soir j'ai la peur idiote que je ne puisse/ ne veuille pas continuer). Et la certitude que l'enjeu existe a rarement été aussi forte. Expliquer la tempête que je pressens m'est impossible, décrire quelque chose que je n'ai jamais vu - j'essaie, je marche, je mets les mains, je tiens mon ventre, je ferme les yeux, je respire un peu, j'essaie - et je sens quelque chose de douloureux qui arrive et je sais que tout cela peut sembler disproportionné mais la disproportion c'est la panique, le chaos, la perte de libre arbitre

Moi je ne suis pas le chaos, là mon corps et la peur en marche et les mots qui courent et la nausée qui cognent ne sont pas incohérents, ils ne font qu'accompagner quelque chose que je ne peux pas encore définir et qui est en train de (re?)monter à la surface.

Entre deux vagues - hier soir j'ai cru devenir folle, ce matin j'ai cru mourir - la réalité fidèle s'accroche à moi, me tire par les deux bras, le calme et la force intérieure me rappellent leur présence déjà éprouvée, la 'normalité' me dit d'étaler devant moi les cartes simples, les figures de l'universel moins inquiétantes que mon particulier. Jusqu'à quel point dois-je accepter de m'emmener sur ces réflexions? Est-ce que j'ai vraiment mes garde-fous? T'ai-je dit que j'avais peur? Aujourd'hui je ne ressens rien pour toi, rien du tout. J'attend que la brume se dissipe

(...)

pluie

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21 août 2007

Jusqu'aux épaules et dans la nuque

Presque une fois sur deux - je te veux et ne te veux plus

Mon corps a peur et ma tête est docile

Ne m'écoutes pas

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20 août 2007

Le vent dans mes mains remonte jusqu'aux épaules

branches

Je continue, je m'immerge même, je mets la tête sous l'eau et longe les vagues juste au dessous de la surface et je continue et je plonge un peu plus. Ne m'en veux pas - j'ai le sens du drame; je ne dis pas que c'est grave, ça ne l'est pas. Je dis que j'ai peur, je dis que j'explore et que je cherche les mots.

Dès qu'une brèche s'ouvre sur ce grand vide qui occupe mon corps et secoue de très rares fois son appétit monstrueux, dès que le besoin ouvre grand sa gorge il me fait reculer loin de toi, car je ne te vois pas d'armes pour venir le remplir. Tu voulais savoir si tu devais éclater ces bulles ou leur souffler dessus, quand mon âme attend désespérément qu'elles se nourissent - alors oui, dans ce cas, je préfère que tu les chasses, laissons nous, peut être, l'illusion qu'un jour elles ne reviendront pas - Si elles reviennent je serai loin de toi

Je découvre des teintes multiples qui se déploient de moi tout autour de toi, comme de longues branches d'arbres qui déploient le bois, la sève, les feuilles et ce quelque soit la racine, mes branches se dispersent et prennent des formes que je ne leur connaissais pas (et que, je crois, elles attendaient de prendre). Je mentirais si je disais qu'elles ne me fascinent pas. Je mentirais si je te disais que ces échos me viennent de toi, et non malgré toi ou contre toi (doucement, tout doucement, je te le promets - je ne veux pas faire de mal). J'écoute. Tout cela parle.

C'est étrange que ce tremblement de terre remonte avec toi, mais peut être qu'il me fallait ton innocence, peut être qu'il me faut ton corps à l'épreuve des balles, pour ne surtout pas transmettre les secousses, pour me cogner à toi sans que tu le voies jusqu'à ce que ça sorte. Depuis que j'ai fui de chez toi je ressens de nouveau cette envie de vomir latente (et j'avais écris mourir) mais ce n'est plus, comme avant, la sensation d'un piège ou d'une urgence, plutôt celle de l'attente, plutôt la conscience de sentir remonter la saleté et de chercher le moment où avec ou sans toi tu viendras laver et vider l'intérieur de mon ventre. Pardonne moi l'image violente - mais elle ne l'est pas tant. Il faudra bien que la nausée s'en aille.

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Du vent dans mes mains

Ligne continue interrompue - moments de plénitude où s'engouffre le doute, moments de douceur où transpercent la peur du vide et sa vieille solitude.

Et cette impression d'être comme une petite fille qui avale affamée ce que l'hôte lui donne à manger - qui prend qui prend qui prend et qui laisse couler de silencieuses absences de promesses dans ce qu'elle donne en échange. Ai-je le droit de laisser venir l'enfant en moi (c'est cela, je crois), de la laisser venir à toi, de te prendre ce qu'on ne m'a jamais donné, de me laisser bercer par ton corps dont j'aime tant la douceur en ignorant le reste? Ai-je le droit de m'enrouler dans la couverture que tu me tends sans t'aimer? La fatigue m'empêche d'aller plus loin - mais il faudra que je te dises, ici, il faudra que je le dise.

J'essaie d'oublier, avec toi, mais je ne sais pas si je pourrai - j'essaie d'oublier tout, même de nous oublier tous les deux

Accepteras-tu d'être mon refuge après chaque tempête (car il y en aura d'autres sans doute) - et de me laisser, un jour, m'éloigner? (vais-je l'accepter, moi?)

97

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07 août 2007

Cocon

Je sais bien qu’il n’y aura jamais ces pensées là chez toi

Malgré ton naturel, malgré ta façon de me laisser toujours venir à toi

Je sais bien qu’il n’y aura peut être pas le trouble, ou la peur, ou l’admiration,

Malgré tes connaissances humblement cachées, malgré ta façon joliment galante de me laisser toujours passer devant toi

Je sais bien que mes mauvais pressentiments se sont souvent révélés justes

Et mon rôle d’abandonnée toujours confirmée

Malgré la malice que tu as eu, alors que je t’invitais chez moi, d’imposer que tu ferais, dans ce cas, la cuisine

Je sais bien que tu n’es pas lui (ou eux)

Mais tu m’as laissé me lover

Et goûter ta patience (qui jamais, j’en suis sure maintenant, ne me fera violence)

Et surtout, la douceur exquise

Pour la première fois, la même douceur que la mienne

Celle qui prend tout le temps du monde

Même si je ne sais pas combien de temps cela durera

Tu es doux, tendre garçon, tu es assez doux pour moi

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30 juillet 2007

Dernière Sonate

Bergman

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