07 avril 2008
Ce qui lutte
Des semaines entières, je continue à lutter contre mon corps, avec un acharnement secret et régulier. Secret parce que leur écho s'efface hors les murs, invisible aux autres et à moi même dès que je le peux. Les traces microscopiques qui s’additionnent en moi, sur moi, et ces sensations comme autant de terminaisons nerveuses qui croissent ma peur, qui la rendent mouvante, changeante, irrégulière – et cette distance que je prend dans ce lieu fragile autour de mon vagin, ce lieu symbolique, le plus intime autant que celui que je peux (veux) le moins voir et le moins soigner. Le temps s’étire sur ce qui ne devrait durer que quelques temps, comme une inquiétude interminable et dont je ne sais jamais la vraie présence, une espèce d’ombre flottante et têtue.
Je ressens parfois une agression de tout ce que mon corps sent, me sent, me tend, me prend. La protection de mon homme m'enveloppe chaque fois un peu plus, le poid grave et désolant de nos corps qui se manquent sont moins violents, tout autour de nous appelle à l'harmonie étonnante qui nous devance. Sans savoir si j’ai peur du vol, du viol, ou de leurs contraires – plaisir, désir, jouissance, phantasme – il y a quelque chose de profond comme une intransigeante résistance, le relais inlassable entre l'attente et la peur, entre la confiance et ma surdité volontaire, la résistance qui se nourrit de mes colères lointaines, dans ces moments je déteste mon corps et le sien qui s’offre et me prends et que dans ces instants je désespère de vivre un jour. Les petites blessures dont je ne parviens pas à m’éloigner me donnent à haïr de ce corps qui est le mien – et j'ai le sentiment d'arriver chaque jour devant la meme impasse, et je suis debout folle et courageuse, seule et protégée.
Cette violence intérieure (qui n'a fait que devenir plus calme et contemplatrice) me rapelle d'autres mots de mon adolescence, lorsqu'il avait comparé mes envies de violences à des pulsions sexuelles retenues. Je me sens de plus en plus forte, consciente que tout est à l'intérieur, et doucement la pensée me hante de ne pas savoir comment (re)trouver le lien à mon corps. C'est comme une corde que mon poing enserre sans lâcher. Il y a comme une agoisse et une confiance à la fois à me sentir si responsable. Je crois que j'ai enfin laissé partir la petite fille.
Commentaires
peut-être y a-t-il une ficelle fondamentale qui relie, et au lointain même...ne jamais se rendre aveugle à son propre corps, ou.
je vous embrasse, petite fille et toi -
(toujours la belle iconographie...)
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