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Les mains dans le sable
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17 juin 2007

Le jour anglais

pluie2

Je lui ai dit - Il pleut

Il m'a répondu - Oui, c'était un jour anglais

J’ai marché sous la pluie en tournant à angles droits, d’un croisement de rue à l’autre, plusieurs fois comme lorsque je ne sais plus vers où aller. Les larmes retenues ces derniers mois s’entassent, mal organisées, depuis le moment où j’ai vu ses messages sur mon téléphone. J’aime cet homme là d’une façon aussi aléatoire que les directions que les rues me font prendre, abruptement, avec hésitation, familièrement. J’avais bu (trop, comme il faut), j’avais arrêté de regarder mon téléphone, le lien se faisait avec la dernière fois où il était venu chez moi, à minuit, c’était comme une limite quand j’ai vu l'heure passer j’ai cru qu’il ne viendrait plus. Cette dernière fois où il était venu avec cette femme qui allait partager sa vie les mois suivants, sans que je le devine parce que finalement je n’y avais pas ma place. Pendant que la danse me déchargeait avec joie et violence, pendant que l’alcool m’enveloppait avec chaleur et béton armé, pendant que les pensées se bousculaient, douleurs relayées aux bouffées d’amour pour tout et tous, sensations de lâcher prise autant que d’attendre mon heure, pendant ces heures là où j’ai pensé à lui il essayait de venir et mon téléphone sonnait loin de moi. Il s’entêtait, me rappelait, me laissait un autre message, puis un autre, puis un autre. Isolée dans ma chambre avec l’intention d’aller m’endormir en profondeur chaque message écouté était comme un coup cruel, une ironie triste, il aimerait bien venir, ils aimeraient bien venir, ils sont dans le centre de Paris et aimeraient nous rejoindre, lui et un ami. Je n’ai gardé que le dernier, pour l’entendre, avoir l’illusion de le déchiffrer, de le comprendre, de m’en souvenir. Les nuits et les jours commencent à couler l’un dans l’autre en ce moment, je ne sais pas quoi faire. Je t'embrasse et je pense à toi. Je me suis regardée faire, réécouter ce message, y repenser à l’orée du sommeil, entre deux sanglots, pourquoi ces pleurs je m’entendais dire, parce qu’il fallait qu’il vienne je m’entendais répondre, il fallait qu’il vienne ce soir avant de m’échapper à nouveau. Est-ce une autre petite cage dans laquelle je m’enferme, depuis deux jours, à ne plus en être à dire que je ne veux pas retomber amoureuse de lui, je l’ai trop dit pour ne pas penser le contraire, j’ai trop écouté ce message qui me prend au ventre parce que je crois y sentir une pointe d’angoisse que je ne comprends pas, que je l’ai senti perdu, que je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il n’y avait peut être que perdu qu’il m’aurait trouvé. J’ai pleuré les larmes retenues en découvrant ses messages parce que j’ai eu l’impression que son urgence et son insistance traduisaient ma seule porte d’entrée auprès de lui. L’entendre aujourd’hui à nouveau, me répondre avec gentillesse mais distance, ces minuscules silences qui venaient tuer doucement mes attentes, les mots habituels et banals qui sortaient de ma bouche avec effort. Il lira mon texte ce soir, il ne l’avait donc pas lu quand il m’a appelé l’autre soir, il ne m’avait donc peut être pas découverte, il ne le fera peut être pas, je ne sais plus. Demain mon répondeur aura effacé la trace de son message, je ne pourrai plus vérifier mes croyances, sentir sa voix hachée et inquiète, voix que je n’avais jamais entendu chez lui, et qui voulait peut être simplement dire j’aime encore Val pourquoi me fait-elle ça, je ne sais plus quoi faire, je suis perdu, j’ai besoin de venir pour voir tous ces gens que je ne connais pas, tous ces gens qui n’ont pas mon âge, j’ai besoin de venir avec mon ami et de boire et de vous oublier vous qui danserez autour de moi - demain mon répondeur aura décidé lui aussi que le chrono est dépassé. Et aujourd’hui mon année de plus est une année de plus qui me sépare de lui, comme un morceau de scotch rouge marquant l’écart entre mon échelle et la sienne. Between yours and mine - which one would you like, my English man?

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Commentaires
P
tu es belle, amoureuse indécise...
Les mains dans le sable
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