Canalblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Les mains dans le sable
Publicité
24 mai 2007

Petite histoire

corps

Monsieur,

Permettez que je vous emprunte cette peinture, et que je la mette ici... je vous ai rencontré par hasard... puisque c'est vous qui m'avez trouvée... Mon site de travaux montrait des images de tournage avec votre fils, sa réalisation, puis la mienne... La mienne où des photos de son jeune frère, de votre autre fils, faisaient partie de mon film. Où il jouait le petit Tom, disparu. Un jour vous avez laissé un mot, sur mon site. Parce que ces enfants, vos enfants, vous ne les aviez plus vu depuis de nombreuses années - la séparation avec votre femme pour une autre femme, que vous aimiez, la prison ensuite, je n'ai jamais trop su pourquoi (votre fils est si secret, il m'a si peu parlé du père), puis les années de disparition et de silence. Ces années où ils ne vous ont plus cherché, ces années où peut être ils ont essayé de vous oublier. Sauf lui, l'année où je l'ai connu il m'a parlé de vous, un jour, je m'en doutais un peu, quand je demandais ses parents, il répondait la mère, le frère, la soeur, il n'y avait pas d'autre noyau. Un jour vous avez écrit son nom sur internet, et vous êtes tombé sur mon site... ému, vous l'étiez, quand vous avez laissé ce message, Je suis le papa d'Antoine... Une forte émotion, la mienne, en vous lisant, une encore plus forte en appelant votre fils, en lui disant, tout doucement, fébrilement, Antoine, il y a un mot pour toi, un mot de quelqu'un, un mot de ton père... J'ai appris ensuite qu'il y avait eu une timide correspondance, quelques mails échangés, puis du silence à nouveau... Puis quelques mois plus tard, un nouveau message de vous, je n'y pensais plus, mais j'avais mis en ligne une vidéo extraite du film, votre jeune fils était là devant vous, il bougeait, il riait. Il avait dû tellement changer depuis la dernière fois où vous l'aviez vu, il est si jeune encore... Vous me demandiez où vous pouviez trouver ce film, où vous pouviez le voir, et j'ai du vous dire que de film il n'y en aurait pas, entre temps le projet m'avait échappé, entre temps j'en avais fait mon deuil.

Par hasard aujourd'hui j'y suis retourné, j'ai relu votre message, et je me suis rendue compte qu'à votre signature, il y avait un lien, un lien vers votre site à vous. Surprise et touchée je vous découvre artiste, je vous découvre peintres, vous et votre amie, j'y vois une photo de vous (mon dieu comme vous lui ressemblez!), j'y vois quelques mots que vous écrivez pour vous présenter et qui me touchent beaucoup, je ne sais pourquoi je n'avais pas imaginé votre âme de créateur, j'avais imaginé un père, un père comme les autres, et des failles suffisamment fortes et dures (à une époque en tout cas) pour avoir laissé vos enfants. Je n'avais pas pensé que, peut être, la sensibilité profondément juste du fils pouvait naître de l'absent. Puis J'y vois vos peintures à tous les deux, vos collages, je les trouve beaux, la plupart, et surtout cette toile, ces corps...

J'ai l'impression que j'aimerais vous connaître, que j'aimerais, un jour, avoir une de vos toiles. Peut être qu'un jour je vous écrirai. Pour vous parler de ces peintures, et de cette peinture.

Alors si vous permettez, monsieur, je vous la vole, et je la dépose ici.

Et je pense, un peu triste, un peu émue, à ces parents finalement aussi fragiles que leurs enfants.

Publicité
Commentaires
O
Pourtant on pourrait les trouver sombres, tristes, glauques - mais non, moi aussi je les ai trouvé beaux, émouvants, vulnérables. Touchée que tu l'aies senti aussi
P
ils sont beaux, poignants, ces dessins, tendres - et la lettre, si émouvante...
Les mains dans le sable
Publicité
Publicité
Publicité