L'échappée d'elle

La crainte... le coeur qui pince un peu... La gorge qui se serre... les tripes qui se crispent un peu là au fond... La tête qui fait mal, qui essaie de réflechir mais, comme d'habitude maintenant, n'arrive à rien. A rien d'autre que d'emmeler un peu plus les fils. Prenez le seul ce fil : il est simle et limpide, unique et continu. Laissez le s'entremeler et s'y forment des noeuds, poings fermés doigts emmêlés que toutes les peines que vous vous donnerez n'amèneront que défaites confuses et embrouillées.
J'en ai plus qu'assez de retenir tout, toujours. J'en ai plus qu'assez de ne rien dire de peur que, plus qu'assez d'éviter le pire, d'éviter la honte, de fuir le regard gêné ou accusateur des gens qui, proches ou non, ne me comprennent pas. J'en ai plus qu'assez de me voir comme une petite fille perdue entre les autres, plus qu'assez de les voir parler de mon assurance, de ma force, de mes qualités, plus qu'assez de cacher les démons restés sagement à ma porte, déguisés en hôtes, se mêlant en moi comme on se mêle à une foule.
J'en ai plus qu'assez d'avoir peur de pleurer, peur de craquer, peur de faire peur. J'en ai plus qu'assez d'avoir la gorge sèche de m'être trop tu, d'emmagasiner ces cris, ces rages, ces craintes, ces cordes sensibles, et d'avoir, à cause de cela, l'impression qu'on ne verra plus que ça. Comme moi je le vois dans mes heures sombres.
J'en ai plus qu'assez de me retenir, même ici, même maintenant, même avec vous. Pour rien. Par habitude. J'aimerais tellement qu'ils sachent, qu'ils comprennent que certains naissent avec les épaules un peu plus fragiles. Ils ne sont pas meilleurs, ou moins bons que les autres, juste un peu plus petits, juste un peu plus sensibles, juste un peu moins équipés pour affronter tout ça.
Et pourtant il faut bien continuer et lever la tête, en espérant que cette habitude là ne viennent pas se perdre dans les fils de l'autre...